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jeudi 27 octobre 2011

Mourir à perdre la raison

(A lire en écoutant ceci)

Ce soir, de jeunes gens m'ont parlé de Christ, de photos, de leur maman, d'excréments, de théâtre, de philosophie, d'art, de ma maman, de prière, de Marie, d'honneur, de guerre, de paix, de respect, d'ordre, de défense, de christianophobie.

Ce soir, j'ai parlé à des jeunes gens du christ, de photos, de ma maman, de leur papa, de vieux, de théâtre, de symbole, de paix, de guerre, de vieillesse, d'incontinence, de louange, de mort, de Dieu, d'amour.

Ce soir, de jeunes gens ont beaucoup insisté sur l'exemple des martyrs, citant à souhait les premiers chrétiens mourant la louange haute, la foi en étendard et la vérité de leur côté. Dans leurs yeux, l'admiration. Dans leur ton, la fascination.




C'est uniquement ce que je retiens de cette rencontre du troisième type avec des personnes qui mènent un combat que je ne partage, qui professent une façon de vivre la foi catholique que je ne partage, qui agissent d'une manière que je ne cautionne pas. Bref, des personnes qui me hérissent le poil mais qui ont été, ce soir, un joli test à ma patience et à ma volonté de dialogue envers et avec tous.

Car au final, entre les lignes - dites avec calme et les oreilles fermées - s'est dessinée sous mes yeux la vision qui anime cette « jeunesse » engagée, amoureuse du Christ et dévouée à sa cause. Comme une envie de prouver qu'ils peuvent faire aussi bien que leurs aînés (très très lointain quand même), d'être cette minorité qui a dû endurer la petitesse sans faillir avant de conquérir le monde, d'éclabousser les yeux de leurs concitoyens de la pureté de leur Vérité.

Comme une envie de pouvoir mourir pour leur Dieu. Plutôt que de devoir vivre avec Lui, avec Ses détracteurs, avec les « ennemis », avec les pas-contents… Le fantasme ultime. Devenir Saint. Avec les moyens qu'ils pensent que ces derniers ont utilisés.

Dernier détail. Ces jeunes gens aimaient tant citer Matthieu : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. » Et la suite ? « Oui, elle est importante mais… » Sauf qu'il n'y a pas de mais qui tiennent. La suite c'est « Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Si jamais l'un de ces jeunes gens s'attardent ici, j'espère qu'il ira jusqu'à lire la définition mise en lien. Parce que je ne suis pas sûre qu’ils se hurleraient sur eux-mêmes des bouououh menaçants, qu’ils se jetteraient de l’huile de vidange dessus, qu’ils se tapisseraient le manteau d’œuf.

Ah oui : pas la peine de revenir sur les débats « l'art peut-il tout se permettre », « les chrétiens de France sont-ils persécutés », « comment puis-je laisser mon Dieu souillé ainsi », « que répondre quand on se sent attaqués », « faut-il défendre l'honneur du Christ »,
« les bisounours sont-ils les nouveaux hipsters de Jésus »… D'autres ont été bien meilleurs que moi sur cela.

jeudi 10 février 2011

Comment lutter pour toi contre un pays qui veut t'éjecter ?



J'aurai voulu commencer avec plein de beaux clichés. Une subtile comparaison. D'un côté, mon lit douillet dans un appartement chauffé ; de l'autre la pièce froide dans laquelle tu étais parqué. D'un côté, les sourires de mon quotidien ; de l'autre l'ambiance glaciale qui t'es tombé dessus. D'un côté, mes remords embourgeoisés ; de l'autre, ta douleur devant les policiers claquant les portes de la liberté sur les doigts.


J'aurai voulu faire sentir l'injustice qui m'a asphyxiée, en entendant que tu avais été repris après avoir échappé à l'horreur une première fois. Le dégoût qui s'est déversé dans mes toilettes, en pensant à ta solitude derrière des barreaux. La haine qui a noué mes tripes, en imaginant les personnes qui ont participé à faire de toi un animal en cage pendant plusieurs jours.

Finalement, je ne peux que parler de l'impuissance. Les bras ballants face à la nouvelle de ta capture avant expulsion. Comment lutter pour toi contre un pays qui veut t'éjecter ? Comment garder espoir quand un système judiciaire semble déterminé ? Comment arrêter de se faire du souci pour toi qui, pourtant, a croisé mes pas si peu de fois ? Je n'ai même pas osé jouer à la journaliste devant ton sourire voilé.

Finalement, tu es dehors aujourd'hui. Mais je sais que la vie qui t'attend ne sera jamais empreinte de la sérénité qui imprègne la mienne. Pour vivre libre, tu dois disparaître. Pour vivre heureux, tu dois vivre caché.

Photo :
oNico®

lundi 13 décembre 2010

N° 117 90X

J'avais déjà des Vans. Tu sais, les chaussures larges de skatteurs que les non-adeptes de la planches à roulette portaient quand même pour être "in". La mode était aux sacs à dos Quicksilver, mais le mien était d'un noir banal. La tenue de combat ne nécessitait qu'un maquillage léger, sous peine de passer dans la catégorie "pouffes" qui essuyaient un feu nourri de la part de nous-autres. Je ne savais pas qui était "Wu Tang" que j'arborais fièrement sur mon unique pull à capuche. Je rêvais de henné, de piercing mais ne pouvais me séparer de mes cheveux mi-long classiques à souhait. Je n'avais pas encore pris l'habitude de m'en griller une. Et pourtant, les alcôves du lycée regorgeaient de jeunots en mal d'être qui se réfugiaient ainsi dans le paraître.

J'avais déjà des Vans et elles ont marché sur un numéro du fanzine du bahut, un matin d'octobre. Quand tu écrases une couverture de journal aux images psychédéliques dans les tons roses et au titre bizarre, deux choix s'offrent à toi : passer ton chemin, un autre se baissera bien pour le ramasser et lui montrer sa dernière demeure, une boîte rectangulaire kaki installée devant la porte vitrée ; ou risquer le lumbago - si si on est fragile à dix-sept ans - et faire le boulot toi-même. Et si ton regard s'attarde, c'est une autre menace qui pèse : enchaîner les phrases d'une page à l'autre. Hypnotisée.


J'avais déjà des Vans et je voulais faire le tour du monde avec. Gravir les cols alpins, rencontrer des indiens d'Amazonie, visiter les catacombes de Jérusalem, rentrer tard un soir de nouvel an chinois à Shanghai, gratter le dos d'un phoque sur la banquise. J'avais déjà des Vans et je voulais leur en faire voir de toutes les couleurs. Etre astronaute, archéologue, professeur d'anglais, informaticienne, bibliothécaire, libraire, pharmacienne, psychologue, économiste, philosophe, diplomate, attachée de presse, haut-gradée dans l'armée. Ah non, tiens, ce métier-là ne m'a jamais rien dit. Et c'est le travail d'un vieux (bon, d'accord, expérimenté alors) professeur qui m'a mis sur la voie : le meilleur moyen de côtoyer tous ces univers étaient d'en parler.


J'avais déjà des Vans et je les ai traînées avec la boule aux ventres jusqu'à la "rédaction". Une salle de classe aux contours à la Picasso, un bordel sans nom, des éditions vieilles de trois ans entassées, des autocollants vantant un numéro sur la chute du mur de Berlin (non mais sans blague) et des stylos mordillés dans chaque recoin. Un petit paradis pour esprit perdu cherchant mots à se mettre sous la dent. Et derrière la porte violette : un capitaine de navire loufoque, aux larges lunettes et aux éclats de rire soudain, qui t'accueille à coup d'accent et de feuilles blanches à raturer.

Je n'ai plus de Vans depuis un an (oui, c'est vrai, j'ai un peu tiré sur cette mode dépassée) mais j'ai toujours au fond de mon armoire des numéros de Gérérik (avec le K à l'envers). Ils portent en eux mes premières litotes, métaphores et autres figures de style avec lequel on jongle quand on n'est pas habile de ses mains. Ils portent en eux mes premières phrases, confessions, et autres histoires qui méritent d'être sorties à dix-sept ans plutôt qu'à quarante. Ils portent en eux cette signature qui a traîné aux bas de quelques autres pages depuis. Il portent en eux… tout un monde, n'est-ce pas R. ?

Je n'ai plus de Vans depuis un an mais j'ai une carte laminée avec mon nom dessus et un numéro. Le saint Graal dont je rêvais à l'époque. Qui n'aurait jamais été si précieux sans ces bouts de papier relié, épargnés par mes Vans, il y a bientôt dix ans.


Découvrez la relève de mes années lycées sur genephile.wordpress.com

dimanche 7 novembre 2010

Une Autre Messe


Pour les chrétiens d'Orient, je pourrais signer des centaines de pétitions. Je pourrais argumenter quotidiennement sur des sites, blogs ou plates-formes. Je pourrais laisser trainer des commentaires enflammés à la suite d'articles. Mais j'ai préféré aller voir leur liturgie, héritée des premiers chrétiens ; entendre leurs chants, entonnés dans la langue du Christ ; goûter la communion avec eux.


Toi qui lis ces lignes, tu aurais pu ne pas suivre le lien qui t'a amené. Toi qui tombes par hasard chez moi, tu aurais pu fermer la fenêtre au bout du troisième mot. Toi qui as subi mes pérégrinations gazouillantes, tu aurais pu m'effacer de ta time-line.

Mais si un seul d'entre vous a été touché, comme je l'ai été, je n'ai pas perdu ma journée. Je te l'offre.


Live-tweet d'une messe pas comme les autres, #uneAutreMesse.


10h03. En route vers le 5e arrondissement parisien pour partager la messe de la communauté catholique syriaque.


Pourquoi maintenant ? Parce qu’on les tue, ces chrétiens d’Orient.


Parce qu’en Irak, depuis lundi dernier, un crucifix est devenu une cible « légitime » pour l’islamiste.


Parce que l’être humain derrière ce crucifix risque sa vie alors qu’il y habite depuis plusieurs génération. Quelque 2000 ans.


Sur la situation actuelle de ces chrétiens d’Orient, @koztoujours enfile si bien les perles du Net.


Plutôt que signer des pétitions, crier c’est horrible en statut, flooder ça craint en 140s, je préfère aller voir et te raconter.


Le 5e donc, quartier plein d’églises d'Orient, comme je te le disais déjà dans cette mini-enquête.


Ces catholiques de rites orientaux sont entièrement rattachés à l'Église catholique universelle et reconnaissent le pape.


«Église syriaque», où je vais, ne veut pas dire fidèles qui viennent de Syrie mais église pratiquant le rite syriaque.


Cette Église, la plus petite du Proche-Orient, rassemble 100 000 fidèles dans le monde. Un peu moins après l’attentat…


Pour mieux comprendre toutes les églises d’Orient, Nicolas Senèze est un crack.


Pour mieux comprendre l’église syriaque catholique, Wikipédia s’en sort bien.


Nota-Bene : en Irak, il y a eux, et aussi des Chaldéens catholiques . C’est pas les mêmes, mais ils se font tuer pareil.


L'église Saint Ephrem se remplit peu à peu.


Si tu veux voir la réalité des chrétiens d’Irak en face, lis Sébastien de Courtois. Quelques extraits

Superbe iconostase en bronze dans cette chapelle http://bit.ly/c0H6VC


Ici, deux cent familles arrivées entre 1960-1990 pratiquent leur foi tous les dimanches.


J’ai mon livret pour les francophones. Je ne serai pas totalement perdue \o/ http://bit.ly/c8qxlQ


On rajoute des chaises. Une centaine de personnes se pressent. (Ndla : ils seront près de trois cent finalement)


Suspendue à une des ouvertures de l'iconostase, une lumière rouge, la présence divine.


Trop de monde. On s'entasse au fond. Joli soutien pour cette messe en l'honneur des chrétiens d'Irak morts la semaine dernière.


Les chants commencent. En syriaque, un dialecte de l’araméen, la langue du Christ.


Encensement des offrandes, un nuage envahit la petite chapelle qui chante.


Les clochettes sonnent au rythme des hymnes. Se taisent pour la lecture de la lettre de St. Paul... En français.


Les voix du prêtre et des diacres, cristallines, guident l'assemblée. Pas d'instrument, seulement les clochettes.


Porte ouverte, fidèles jusque sur le seuil de la chapelle. Impressionnant.


Lecture de l'Evangile en araméen d'abord, puis en français. Une communion intense. Je n'ai pas de mot pour cette ambiance-là.


"Nous sommes si nombreux aujourd’hui car nous sommes en communion avec les chrétiens d'Irak", Mgr Bressolette, vicaire épiscopal en charge des églises d'orient de Paris.


Mgr Bressolette appelle tous les catholiques latins à entrer en communion avec les chrétiens d'orient.


"La foi et la lumière du Christ nous sont venues d'orient" insiste-t-il.

Le père Warde, prêtre de la communauté syriaque catholique, commence son homélie.

"Dire des paroles de sympathie, de solidarité n'est rien. Nous devons passer de la parole à l'action."

"On ne peut pas subir sans rien dire. C'est l'ignorance qui pousse au fanatisme", le père Warde parle avec ses tripes.

"Ces terroristes, j'ai pitié pour eux", renchérit-il.

"Ces gens n'ont pas le courage de lever la tête vers dieu, comme Jésus l'a fait sur la croix."

"Quelles que soient nos religions, nous sommes les fils de Dieu, pas les esclaves de Dieu."

Cri du cœur du père Warde : "Pourquoi les autorités irakiennes ont elles enlevé les gardes protégeant l'église deux jours avant l’attentat ?"

"Vous, les pays puissants, luttant par la voix pour les droits de l'homme, passez donc aux actes !"

"Nous ne demandons que la sécurité, protéger les lieux de culte ne couterait pas grand chose. »

"Nous croyons tous en un même dieu", finit le père Warde, passionné, meurtri, applaudi a la fin de son homélie très politique.

La paix du christ est transmise de mains en mains. Jointes, elles enserrent celles du voisin qui transmet ensuite ce qu'il a reçu.

Diacres tournés vers l'autel, prêtre face aux fidèles, mains en l'air. "Nous rendons grâce au Seigneur" en arabe.

Consécration en araméen. Cela fait bizarre d'imaginer les disciples de Jésus prononçant les mêmes mots...

"Lokhou msabhinan", nous te louons.

Prière pour les blessés qui arrivent demain en France. Amin.

Prêtre et diacres chantent en donnant la communion. Les regards des fidèles se croisent. Sourires dans la communion.

"Nos martyrs ne sont pas morts, mais vivants auprès de Dieu", clôt le père Warde.

Ma voisine : "Vous avez raconté la messe à quelqu'un qui ne pouvait pas venir avec votre téléphone ? C'est bien, il faut en parler pour les aider. »

Victor, diacre qui s'active à servir le café, a perdu son cousin dimanche dernier, l'un des prêtres assassiné lors de l’attentat.

"Trois cent personnes environ, c'est bien mais peu face à l'ampleur de la situation là-bas", dit-il.

#UneAutreMesse c'est fini pour moi. Mais pour les chrétiens d'Irak et d'orient, rien ne s'arrête pas...

vendredi 22 octobre 2010

Ta société est en carton-pâte


A lire en écoutant "Les loups sont entrés dans Paris", de Serge Regianni

Depuis plusieurs semaines, les pancartes fendent les airs, les draps taggués claquent au vent et les slogans se mêlent à la brise. Les marées humaines montent et descendent les avenues. Talons, baskets, mocassins. Vieux d'abord, presque retraités ensuite, et la jeunesse a suivi. Toute ? Non, une part qui se retrouve une fois de plus entre deux âges (ni trop jeune ni trop installé dans la vie active), entre deux catégories (plus de 25 ans, moins d'un enfant), entre deux privilèges (presqu'un salaire, pas encore un poste), zieutent la rue sans savoir où poser les pieds. Moi y compris.

Je ne manifesterai pas, parce que je ne peux pas. Liberté légale, protection du droit de grève, capacité physique à arpenter le pavé : tout est là et pourtant, je ne me résous pas à poser ma plume pour laisser le poids de ma charge de travail à mon voisin d'openspace. Je ne finirai pas mes vieux jours dans ce bureau mais tant que j'y suis, je ne peux pas faire les choses à moitié.

Je ne manifesterai pas, mais j'ai peur de ne penser qu'au présent en renonçant à un combat qui hypothèque mon futur. Je veux croire que les batailles qui égrainent l'histoire passée sont autant de témoins que le changement n'est pas une chimère. Ne serai-je pas en train de rater un tournant en me focalisant sur mon train-train quotidien ? Ne serai-je pas à côté des enjeux de société dont je devrais subir les conséquences une fois le rendez-vous social fini ?

Je ne manifesterai pas, mais je rêve de ressembler à ces gens qui prennent position et posent sans concession les fruits de leur réflexion en acte. Bien sûr, les caméras, micros et stylo-bic ne saisissent que des bribes de leur engagement, jouant à dénicher la phrase chic quand leurs interlocuteurs cherchent la formulation choc. Mais entre deux chants plus ou moins révolutionnaires, en mouvement, ou entre deux bières, attablés, leurs logiques se délient. Quel que soit le cheminement qu'ils exposent, bancal, béton ou branlant, ils y croient. Droit dans leurs bottes, le regard sûr, ils montent au créneau et osent dire "J'ai choisi ce camp-là et j'irai jusqu'au bout pour être entendu".

Je ne manifesterai pas, mais j'aimerai être animée d'une telle conviction. Le genre de celle qui ne se manifeste pas seulement sur un banc d'église ou au rythme d'un gospel. Le genre de celle qui peint à la sanguine les contours d'une société écorchée. Vivante, palpitante, fragile. Le genre de celle pour laquelle on affronte les regards indifférents, agacés, dédaigneux ou haineux sans sourciller. Le genre de celle qui fait oublier que l'on ne fait que participer à une vague foule ressemblant à une sortie au parc sur bitume. Le genre de celle qui gomment la culpabilité de pourrir la journée des autres. Le genre de celle qui donne l'impression d'avoir posé un grain de sable sur la plage en construction.

Je ne manifesterai pas, parce qu'au fond de mes tripes, à fleur de synapses, je n'y crois pas. La révolution n'aura lieu ni ce soir ni demain, les citoyens éclairés emmenant les masses vers une société meilleure sont une utopie, la rue ne peut pas changer la direction prise par cette société déglinguée dans laquelle je ne trouve pas ma place. Mon mécontentement ou ma satisfaction passe par l'expression de mes traits. Ils ne se traduisent pas par une ligne sur une liste syndicale, une signature sur une pétition ou une carte de parti.

Je ne manifesterai pas, et pourtant j'irai bien hurler sous les fenêtres de deux trois décideurs pour les réveiller. Leur passer les lunettes qui masquent ma vision, les échanger contre le bandeau sombre délicatement posé sur leur nez. Qu'ils voient la peur qui ne me quitte jamais. Celle que mes petits frères s'écroulent un jour sous les coups d'un fasciste venu en découdre avec des colorés. Celle que ma meilleure amie traîne son arthrose sur les podiums des salles de gym jusqu'à 70 ans, sa jeunesse fanée. Celle que mes soeurs se retrouvent sous un pont, avec toutes ces personnes hors cadre, hors case, hors normalité, hors conformité. Celle que mes enfants naissent dans une société où règne la peur de l'autre, le rejet de la différence, le bruit des ventres affamés, le silence des objecteurs de conscience, le culte de la ferraille trébuchante... l'oubli de soi-même.

Je ne manifesterai pas parce que j'ai le cul entre deux opinions, écartant les cuisses en espérant que personne ne profite de ma faiblesse avouée. Incapable de bouger, inapte à me décider, mais loin d'arrêter de me torturer l'esprit.

jeudi 22 juillet 2010

Démoniaque. Et toi ?


Ecris en écoutant "Prière" de Kenny Arkana.

Cheveux blanc rasés de près, il sourit doucement et ses rides se plissent. Les yeux assortis à son jean délavé, la chemise repassée. Impeccable. Le visage serein, il parle doucement. Il cherche un endroit bien particulier. Il croit se souvenir qu'il se situe dans le quartier. Elle lui indique où aller et tire une dernière latte sur sa cigarette. Quelques minutes plus tard, il sort avec la nouvelle adresse de l'exorciste sur une feuille blanche. Comme s'il venait de retirer une banale lettre à La Poste. En poussant la porte qu'il vient de passer, Elle ne peut s'empêcher de se demander ce qui amène un homme à l'allure classique à chercher ce genre de service.

Elle passe devant les casiers du courrier, où figure son nom, salue sa collègue de travail et dépose sa bouteille de coca dans le mini-frigo. Sur la poignée qu'Elle agrippe, des symboles se battent en duel dans une plaque de fer. Combien de personnes ont fait le même geste qu'Elle, espérant trouver une solution, une rédemption, une nouvelle vie derrière ce bout de métal ?

De l'autre côté, un bénitier de la taille d'une main est incrusté dans le mur. Des poissons figés depuis toujours nagent au fond de la couche de poussière. Tous les matins, Elle leur jette un regard, lui rappelant que son bureau n'est pas seulement une salle aux murs beiges et aux lumières blanches. Combien de phalanges ont plongé pour les caresser, s'imprégnant de l'eau qui les entouraient encore ?

Dans ce lieu, pas étonnant que les questions surgissent, poussées par son imagination. Quand un tiroir bloqué s'ouvre inopinément. Quand une coupure de courant survient quelques secondes après qu'Elle se soit rappelée de sauvegarder. Combien de fois a-t-Elle levé les yeux sur le crépis piquant, se demandant à quoi ressemblait l'ancienne chapelle de l'exorciste avant d'être meublée de quelques ordinateurs, une centaine de livres et des journaux diocésains des vingt dernières années ?

Il n'y a pas si longtemps, Elle n'y croyait pas. Les esprits qui s'emparent de l'âme, une invention de Mamy. Des démons qui possèdent l'Homme, un résidu du Moyen-Age. Un grand Mal à combattre, une distorsion de la réalité infiniment plus compliquée. Elle qui adore pousser les détracteurs de Dieu vers leurs contradictions, Elle s'est retrouvée prise à son propre jeu : si le Bien existe, alors le Mal ne peut pas être absent. Comme le plein doit prendre de la place pour que le vide se créé autour. Comme la lumière a besoin de l'ombre pour exister. Sur les détails, le doute plane encore. A l'image des fantômes qu'il lui semble croiser quand Elle courre ajouter une correction à la mise en page, dans le bureau voisin... anciennement sacristie de l'exorciste.


Et pour éviter de tomber dans les fantasmes sur l'exorcisme, ne faites pas confiance à n'importe quelle page Internet : le Cyber Curé pose
quelques bases de la réalité de ce domaine particulier.

lundi 28 juin 2010

Ordinations Day : le Live-tweet d'un dépucelage céleste

Samedi 26 juin, Notre-Dame de Paris accueillait les ordinations des nouveaux prêtres. Dans la masse de cathos, j'étais derrière mon Iphone, à gazouiller.

Pour voir les photos en grand, cliquez dessus. Je change le format dès que j'ai une minute.

8h45: Bonjour et bienvenue à l'#ordinations Day ;)


Au fait, soyez indulgent car c'est un peu mon dépucelage aujourd'hui: première fois que j'assiste aux #ordinations...


9h: On ne voit pas encore la foule, on la devine. Comme on ne voit pas le Bon Dieu, on le devine :)


Une collègue: "Oh regardez, le car des ordinands arrive !"


Pas mal de Vietnamiens déjà présent, l'un des ordinands vient de la-bas.


Contribution : RT @baroquefatigue: Tenez, pour vous unir par la prière aux #ordinations, la prière à N-D du Sacerdoce de Mission thérésienne
.


Devant moi, un curé sort son téléphone, un Android et tapote sur l'écran. High-tech le curé.


Un drapeau du Vatican se balade. Le retrouverez-vous ?


9h25 : Pour suivre les ordinations des nouveaux petits prêtres parisiens, ça se passera donc avec #ordinations et votre serviteuse.


Dans la chaleur de la matinée, cette contre-manif comme dit @edmondprochain s'annonce grandiose.


9h28: Un car de touristes asiatiques vient d'être lâché. Armés d'appareil photos, ils mitraillent.


9h30: Les cloches chantent sous le regard impassible des centaines de statues de la façade, accompagnées par l'orgue.


Il y a foule: 7 000 dehors, 3 000 dedans.


Les ordinands, qui seront prêtres à la fin de la journée, arrivent en procession, entourés de tous les prêtres du diocèse.


Les servants d'autel font un couloir au milieu du parvis, pour accueillir la procession. Oseront-ils la Ola? :)


"Jubilez, criez de joie" ça commence :)


Sur le parvis, les ordinands semblent un peu stressés. Pensez-vous, 10 000 paires d'yeux sur vous... Facile.


Thomas, Nicolas, Grégoire, Nathanaël, les 2 Thierry, Joseph, Luc et Sébastien portent la chasuble du diacre, en travers du torse.


Ils portent tous du rouge, qui symbolise l'Esprit Saint.


Le nonce apostolique, représentant du Vatican, est dans la place !


Mais laissez moi vous les présenter, presque intimement :)


Thomas de Boisgelin, bouillant de pouvoir « donner Dieu aux hommes ».


En fait, ça va beaucoup plus vite que ce que je pensais, je reviendrai sur les ordinands plus tard.


Chacun s'avance au milieu du parvis, accompagné de quelques membres de sa paroisse et de beaux étendards.


"Me voici", la réponse des futurs prêtres raisonne au pied des tours de la cathédrale.


Devant le parvis, ils attendent d'entrée, un peu comme une mariée qui avance vers l'autel.


"Nous les choisissons pour l'ordre des prêtres". Les fidèles les acclament en chantant.


Lecture de l'acte des Apôtres, Nouveau Testament.


Mignonne la lectrice, les mecs vous pouvez regretter de ne pas y être.


Les cathos sont une religion du Livre, mais un peuple de la Parole, c'est pourquoi à chaque messe, nous relisons publiquement la Bible.


Énoncer un texte de l'Ancien Testament et Nouveau Testament les rend vivant, tous les dimanches, tous les jours, à chaque mot.


Et pour les voisins, la grasse mat', c'est mort !


Évangile de St-Matthieu


Mgr Vingt-Trois prend la parole. L'homélie est un approfondissement de la Parole de Dieu, un éclairage pour les fidèles.


"Nous avons été frappé par le mal cette année, et nous demandons pardon pour celui qui a été fait" Mgr Vingt-trois.


"Notre réponse aux problèmes du monde n'est pas dans une stratégie de com, mais là, aujourd'hui sur ce parvis" Mgr Vingt-Trois.


"Nos communautés témoignent que la diversité, quelle qu'elle soit, n'est pas un danger" Mgr Vingt-trois.


"Dire qui est Jésus-Christ ne mène pas toujours à se faire des amis" Mgr Vingt-Trois. Vous êtes mes amis quand même, hein? :)


Peu de langue de buis dans cette homélie, mais gare: le cardinal appelle les cathos à être un flambeau. On va mettre le feu :)


De l'entrée de la cathédrale, l'archevêque André Vingt-Trois fait promettre les 9 ordinands. Oui, ils le veulent.


Contribution: RT @Lagouelle: "Que Dieu Lui-même achève en toi ce qu'Il a commencé."


Les yeux mouillants, ils promettent. Silence de cathédrale sur le parvis. Impressionnant.


Y'a du chef scout très mignon... Les filles, vous ratez quelque chose.

Contribution-réponse : RT @Jiibus : Tu m'as reconnu ? :)


Fail: les 3 journalistes de PND se sont levées pr rentrer en même temps que les prêtres. Pas très discret avec nos jupes...


Contribution : RT @JiiBus: La litanie des saints en direct de ND.
La litanie des saints en direct de ND #ordinations (cc @lepetitchose )

Insolite: des bougies pour Mickael dans un coin du parvis.


L'assemblée prie pour les ordinands, appelant la Vierge Marie et les Saints.



Ils ne se prosternent pas devant les Hommes, mais devant le Saint-Sacrement, une hostie qui représente la présence du Christ
.


Contribution-débat théologique : cette formulation erronée a amené un petit échange bien animé entre @skeepy et @baroquefatigue. Retrouvez leurs remarques sur Twitter (ça commence par
et je ne suis pas trop arrivée à voir où ce "twittconcile sur la définition de la présence réelle" se finissait)


10h40 : Le presbyterium, l'ensemble des prêtres du diocèse, bénit les nouveaux venus dans leur grande famille.


40 minutes à genoux pour nos nouveaux prêtres.


J'en profite pour continuer les présentations.


Nicolas Chapellier, la vocation "carré, logique".


11h Contribution : RT@JiiBus: En complément du beau LT #ordinations de @lepetitchose à Notre Dame, je joins les photos, le presbyterium.
En complement du beau LT  #ordinations de @lepetitchose a Notre Dame je joins les photos, le presbyterium


Grégoire Froissart, en quête d'absolu.


Nathanaël Garric, pris aux tripes.


Thierry Laurent, avocat de la cause de Dieu.


Thierry de Lesquen, changement de lunettes pour regarder la vie.


11h10 Contribution : Petite fierté, #ordinations est
4e des trending topics français. Certes, les adeptes de Twitter dormaient probablement encore...


Joseph Nam, outsider inside now.


Luc Revdel, le rôle de sa vie.


Sébastien Waeffler, en odeur de sainteté.


Pause clope sur le parvis, alors que l'Esprit souffle, que le soleil tape, et que les gamins courent dans tous les sens.


Sur le parvis, portraits des nouveaux prêtres de KTO sur grand écran. Ça en jette plus qu'un match de foot :)


Un petit vieux, en costard, billes de bois en mains, récite son chapelet sous le cagnard. Concentré.


Contribution: RT@JiiBus: Guy Gilbert à l'approche #ordinations


Insolite: des joggers passent au milieu du parvis, tranquille, pénard. Devant 7 000 personnes en prière :)


Bénédiction sacerdotale, comme la bénédiction nuptiale mais pour les prêtres (je ne mets pas la photo déplorable que j'avais mise. Une honte.)


11h30 : L'archevêque remet une étole sacerdotale et une chasuble aux désormais prêtres.


Ces vêtements liturgiques, non pas un signe de supériorité ou de différence, doivent rappeler le poids de leur charge.


L'archevêque oint les mains des nouveaux prêtres de Saint Chrême, huile bénie pendant la
messe chrismale.


Un signe de croix dans chaque paume. Trop loin pour une pic, si @jibus peut palier à mes défauts...


Il leur remet ensuite le pain sur une patène, assiette où seront posées les hosties. Le kit du curé quoi :)


Puis il leur remet le vin, mélangé à l'eau dans un calice. La suite du kit...


Ils peuvent maintenant célébrer la messe, au nom du Christ qui livre sa vie par amour pour les Hommes (tweet sponso par l'Esprit saint).


Servants de messe sortent, parapluie à la main. C'est pas qu'il pleut, c'est qu'on crève de chaud. Et pour repérer la communion.


Le parvis est noir de monde mais de toutes les couleurs. Recueillement maximum.



Le nonce bénit les offrandes, avec l'évêque vietnamien.


Des centaines de mains tendues pour bénir ce pain et ce vin, une concélébration gigantesque...


Des centaines de voix se mêlent, interrompues par quelques tintements de cloches. Sur le parvis, frisson face à tous ces croyants.


Une Eglise, des milliers de visages et de façon de prier.


A chaque messe, on se donne la paix. Et qu'après on ne vienne pas me dire que cette religion appelle à faire la guerre, bon dieu !


Une file de prêtres et de diacres file sur le parvis pour donner la communion.



On peut ne pas comprendre leur choix ou le désapprouver, mais il en faut pour faire l'engagement qu'ils viennent de prendre...


Sur cette petite île de la Cite, les oiseaux accompagnent les prières silencieuses et... Mickael Lonsdale sort d'une rangée.


Après la nourriture spirituelle, l'open pique-nique ouvert à tous dans le square derrière N-D ! Comment ça, chui gourmande? :)


12h30: après le pain de Dieu, c'est donc le pain des hommes qui arrive sur le parvis.


Levée de foulards multicouleurs presque spontanée. On n'a pas l'air con les bras en l'air, à presque 3 sur un plot.


Maintenant ils vont bénir ceux qui viennent à eux. Pour l'instant, ils sortent sous les hourras et la vague de foulards a pris !


Petite pause, il faut aussi que je travaille un peu pour gagner mon salaire quand même, parce que LT ça nourrit pas :)


13h10 : pique-nique sous les arbres, à l'ombre de la cathédrale, clapotis de la Seine, légère brise, premier coup de soleil chez moi...


Bataille d'eau, version concours de t-shirts mouillés #tentant. A coté, les prêtres bénissent toujours, dégoulinant de sueur.


La Fondation d'Auteuil a mis les petits plats dans grands. Succulent.


@polydamas_AIP est bien venu aujourd'hui à ND... à la fin de la messe, pour le buffet. C'est ça, les tradis :)


Contribution qui m'a fait rire : Vogelsong: Aujourd'hui suivez le livetweet de l'#ordinations avec @leptitchose et @jbroger à la Gaypride #twitter_rocks


Contribution divine : RT @ymobactus: @lepetitchose: tu connais pas le 13ème commandement "Le buzz tu ne feras pas" ? Bien joué pour les #ordinations ;o)

jeudi 6 mai 2010

Bouts de ma coquille émaillée sur le sol

Emotive je suis, je le sais. Pudiquement, je dis "sensible". Je ne vais quand même pas jusqu'à pleurer sur l'actualité : pour toutes les emmerdes que le monde m'envoie à la figure, j'ai toujours vu une étincelle naître ailleurs, ou après. Optimiste je suis, je le sais. Et je crois sincèrement qu'on peut seulement aller vers une amélioration. Etant donné le travail monstrueux qu'il reste pour faire de cette Terre un "paradis". Naïve je suis, je le sais. Les nouvelles de ce monde sont pourtant exaltantes. Tant de choses se passent à chaque minute que l'actualité en intraveineuse est une drogue-dure douce à mon existence. Emportée je suis, je le sais. Mais certains coups de poing du monde font saigner. A hurler à la gueule de ce monde. Comme en lisant un certain article il y a quelques temps sur des "infiltrés" dans les confessionnaux de Lyon, qui m'a encore placé devant cette schizophrénie que je ne maîtrise pas encore, scribouillarde dans mes tripes et croyante dans mon cœur. Cette dichotomie que je veux maintenir car elle est mon salut : l'un et l'autre sont liés mais n'ont pas de rapport de causalité entre eux ; l'un et l'autre se nourrissent ensemble de mes rencontres ; l'un est mon métier, l'autre mon intimité.

Pétrifiée j'étais donc, en imaginant un journaliste devant un prêtre qui croyait avoir affaire à un fidèle, dans le secret du confessionnal. Jusqu'où peut-on aller ? Journaliste je suis, et fière de l'être. Mon métier est de décrypter les événements, de révéler le dessous des cartes et les sous-titres des citations. Mettre l'information à nue ne suffit pas, si le lecteur ne saisit pas comment les vêtements ont été enlevés. Horrifiée je suis, dans ma raison. Parce qu'entrer dans un confessionnal comme on entre dans un café dénote, à mes yeux, un irrespect envers son interlocuteur. Une broutille pour certains, sauf que sans cette marque de respect, tous les prochains ont raison d'être méfiant. Un détail sur lequel repose entièrement la profession que j'exerce.


Humiliée je suis, dans mon cœur. Car je crois profondément en Dieu. Je suis catholique, même si je ne suis pas la plus assidue à pratiquer les sacrements. De toute ma vie, je ne me suis confessée qu'une seule fois. Parce qu'on ne va pas à confesse comme on va faire ses courses. Le sacrement de réconciliation m'oblige à me remettre en question. Pas vis-à-vis de Dieu tout seul, mais envers les gens que je croise. Ceux pour qui j'ai de la haine quand je devrais laisser couler, ceux que j'ai emmerdé quand j'aurai dû ignorer, ceux que j'ai blessé quand j'aurai dû chercher à comprendre.


Blessée je suis, tout connement. Ce sacrement représente quelque chose pour moi. Tu n'y crois pas, je m'en fous et je n'ai pas l'intention de te faire changer d'avis. Tu ne comprends pas, je m'en tape et je ne te l'expliquerai que si tu me poses des questions. Je ne viendrai pas te chercher pour te vendre la soupe qui me rassasie. Tu n'aimes pas mon pape, c'est ton problème. Je n'aime pas le café et je n'entends pas renverser ta tasse sous tes yeux pour te le faire comprendre. Tu n'aimes pas les prêtres, arrange toi avec eux.

Une je suis, sur environ 6,8 milliards de personnes dans le monde. Insignifiante. Mais je mérite un minimum de respect. Je mérite que tu te rappelles ces valeurs que tu veux dénoncer, ces principes humains que tu hurles au dessus de tout et que tu bafoues sans sourciller. Pour une information... qui s'obtient simplement, en mettant en confiance l'interlocuteur pour qu'ils se livrent. Parce que ça, c'est mon métier.

Ecris en écoutant Zaz, "je veux".

samedi 12 septembre 2009

Premiers pas de danse cha-cha

Autour d'Elle, Ils sourient à tout-va, Ils tendent leurs mains vers les nouveaux arrivants. Elle se balance sur ses pieds, s'assoit dans le fond de la salle avant de se dire que cela fait encore plus bizarre. Elle s'avance discrètement et se cale derrière la vingtaine de personnes présentes.

Le berger, meneur de la prière, prend la parole : "c'est tout simple". Elle n'est pas convaincue. L'assemblée se tourne vers un petit autel aménagé sur une table avec un drapé, une croix et une icône : Elle se prépare à vivre sa première expérience chez les charismatiques.

Les personnes du premier rang entonnent une louange. Au bout du premier couplet, les mains se lèvent, les yeux se ferment, le rythme s'accélère. Le berger prend le micro : "Si vous avez envie de dire quelque chose, ne vous retenez pas". Elle regarde avec curiosité les autres. La cadence est vive mais Elle ne se sent pas de taper dans ses mains.

Ses acolytes chantent de plus en plus fort. Son bassin commence à aller de droite à gauche mais Elle conserve une certaine gêne. Pourquoi crier qu'Elle aime Dieu alors qu'Il le lit dans son coeur ? Pourquoi applaudir Jésus quand Il entend les murmures de ses pensées ?

Une fois la session finie, Elle sait qu'un air perplexe s'affiche encore derrière sur ses joues. Si Elle ne sait pas encore quelle est la meilleure manière de prier pour Elle, Elle peut déjà dire que ce moyen d'expression de la foi ne lui convient pas... encore. Car, paraît-il, être chacha, ça s'apprend aussi.

samedi 22 août 2009

Lourdes, ville sourire

Six heures de train avec les malades, un article d'une page à rendre, moins de 24 heures sur place : pour sa première visite à Lourdes, avec le train transportant les malades, Elle n'a pas beaucoup de temps pour rencontrer la Madone et son rejeton. 

Dans le train, Elle court de l’avant à l’arrière pour voir les visages, sentir l’ambiance et découvrir les pèlerins. Si Elle remarque les chants et prières dans les haut-parleurs à la place de la voix suave de la Sncf, son esprit n’est pas à la contemplation. 

En arrivant sur le quai, il Lui semble être dans une gare de plus, classique. Un peu plus de personnes en fauteuil roulant que d’habitude, certes. Pas vraiment de magie encore. Au détour d’une rue étroite, la basilique Sainte Bernadette apparaît, éclairée par un rayon de soleil perçant les nuages : un bel édifice architectural dans un paysage agréable. En scrutant la vue panoramique sur l'esplanade de la galerie de l’accueil Notre-Dame, même sentiment : l’impression de ne pas arriver à dépasser la carte postale. 

Le soir, pas le temps de s’arrêter à la grotte et aux piscines. Mais Elle prend quelques heures pour manger avec un hospitalier qui a accepté de la guider sur les rives du Gave qui traverse la cité mariale. 

Il lui raconte son Lourdes : brancardier dès 14 ans, puis la découverte du train blanc, la routine après plus de dix ans dans la même équipe et un nouveau service, en salle, depuis trois ans. Il lui confie le dessous des cartes et pourquoi il reviendra tous les ans, toute sa vie. 

Le lendemain matin, après une bonne partie de la nuit passée à écrire, Elle discute avec quelques malades du train sur le chemin de la messe d’ouverture à la basilique souterraine Saint-Pie-X. On lui a dit qu’elle ressemblait à un hall de gare mais avec cette foule bigarrée, les étendards en hommage aux Saints et les couleurs vives des tenues assomptionnistes, la salle respire la fête. 

« Bonjour et bienvenue ! » Elle devine le prêtre, croisé la veille à la gare, plus qu'Elle ne le voit, perché à côté de l’autel au milieu des pèlerins. Son ton la frappe. Une voix qui dit : entre, tu es chez toi et te voir me ravit. Finalement l’évidence est là : son premier pèlerinage ne se nourrit pas de pierres, si belles soient t'elles, ni de fontaines, si sacrées soient t'elles. Mais des sourires rencontrés au fil des interviews. Jusqu’à cette bonne sœur, dans la queue menant à la grotte, qui a accepté de déposer trois bougies pour Elle et lui a permis d’être à l’heure à la gare. 

Et dans le train de retour, Elle se surprend à chercher le regard attentif des hospitaliers, le chef du train courant dans tous les sens pour être sûr que tout le monde ait à manger, les deux fillettes qui faisaient la conversation aux malades allongés et la petite autiste qui lui a pris la main pour qu'Elle la fasse danser en souriant timidement. Et tant pis, si l'on croit qu'Elle vit encore chez les Bisounours en lisant ces quelques lignes.  


Reportage dans le train blanc