jeudi 10 février 2011

Comment lutter pour toi contre un pays qui veut t'éjecter ?



J'aurai voulu commencer avec plein de beaux clichés. Une subtile comparaison. D'un côté, mon lit douillet dans un appartement chauffé ; de l'autre la pièce froide dans laquelle tu étais parqué. D'un côté, les sourires de mon quotidien ; de l'autre l'ambiance glaciale qui t'es tombé dessus. D'un côté, mes remords embourgeoisés ; de l'autre, ta douleur devant les policiers claquant les portes de la liberté sur les doigts.


J'aurai voulu faire sentir l'injustice qui m'a asphyxiée, en entendant que tu avais été repris après avoir échappé à l'horreur une première fois. Le dégoût qui s'est déversé dans mes toilettes, en pensant à ta solitude derrière des barreaux. La haine qui a noué mes tripes, en imaginant les personnes qui ont participé à faire de toi un animal en cage pendant plusieurs jours.

Finalement, je ne peux que parler de l'impuissance. Les bras ballants face à la nouvelle de ta capture avant expulsion. Comment lutter pour toi contre un pays qui veut t'éjecter ? Comment garder espoir quand un système judiciaire semble déterminé ? Comment arrêter de se faire du souci pour toi qui, pourtant, a croisé mes pas si peu de fois ? Je n'ai même pas osé jouer à la journaliste devant ton sourire voilé.

Finalement, tu es dehors aujourd'hui. Mais je sais que la vie qui t'attend ne sera jamais empreinte de la sérénité qui imprègne la mienne. Pour vivre libre, tu dois disparaître. Pour vivre heureux, tu dois vivre caché.

Photo :
oNico®

lundi 27 décembre 2010

Joyeux Noël Papy

Tu as dû nous voir. Tu ne pouvais pas nous rater. C'était la même église. Pas exactement la même ambiance mais quelques lumignons en commun.
Tu as dû nous voir. Tu ne pouvais pas nous rater. Même le prêtre nous est tombé dessus : au milieu de l'allée, nous chantions à tue-tête la venue de l'enfant quand, à la fin de la messe, il descendait vers les portes.
Tu as dû nous voir. Tu ne pouvais pas nous rater. Le jeune en col romain et aube blanche a souri à Mamy, entourée comme une reine d'une tribu de petites filles.
Tu as dû nous voir. Tu ne pouvais pas nous rater. Nous étions sur notre trente-et-un en ce vingt-quatre. Pas exactement les mêmes beaux habits que pour ton dernier voyage mais quelques traces de maquillage coulant en commun.
Tu as dû nous voir. Tu ne pouvais pas nous rater. Nous t'aurions bien glisser quelques mots mais nous ne savons pas toujours comment.
Tu as dû nous voir. Tu ne pouvais pas nous rater. Nous, on ne t'a pas vu, pas senti, pas entendu. Nous, on t'a imaginé, pensé, prié.
Tu as dû nous voir. Tu ne pouvais pas nous rater. Un soir plus exceptionnel pour nous que pour toi : là-haut, Jésus en cadeau, c'est tous les jours.
Tu as dû nous voir. Tu ne pouvais pas nous rater. Alors, tu as dû comprendre le message : tape la bise à Marie de notre part, embrasse son Fils et salue le Père. Joyeux Noël, grand-père !

lundi 13 décembre 2010

N° 117 90X

J'avais déjà des Vans. Tu sais, les chaussures larges de skatteurs que les non-adeptes de la planches à roulette portaient quand même pour être "in". La mode était aux sacs à dos Quicksilver, mais le mien était d'un noir banal. La tenue de combat ne nécessitait qu'un maquillage léger, sous peine de passer dans la catégorie "pouffes" qui essuyaient un feu nourri de la part de nous-autres. Je ne savais pas qui était "Wu Tang" que j'arborais fièrement sur mon unique pull à capuche. Je rêvais de henné, de piercing mais ne pouvais me séparer de mes cheveux mi-long classiques à souhait. Je n'avais pas encore pris l'habitude de m'en griller une. Et pourtant, les alcôves du lycée regorgeaient de jeunots en mal d'être qui se réfugiaient ainsi dans le paraître.

J'avais déjà des Vans et elles ont marché sur un numéro du fanzine du bahut, un matin d'octobre. Quand tu écrases une couverture de journal aux images psychédéliques dans les tons roses et au titre bizarre, deux choix s'offrent à toi : passer ton chemin, un autre se baissera bien pour le ramasser et lui montrer sa dernière demeure, une boîte rectangulaire kaki installée devant la porte vitrée ; ou risquer le lumbago - si si on est fragile à dix-sept ans - et faire le boulot toi-même. Et si ton regard s'attarde, c'est une autre menace qui pèse : enchaîner les phrases d'une page à l'autre. Hypnotisée.


J'avais déjà des Vans et je voulais faire le tour du monde avec. Gravir les cols alpins, rencontrer des indiens d'Amazonie, visiter les catacombes de Jérusalem, rentrer tard un soir de nouvel an chinois à Shanghai, gratter le dos d'un phoque sur la banquise. J'avais déjà des Vans et je voulais leur en faire voir de toutes les couleurs. Etre astronaute, archéologue, professeur d'anglais, informaticienne, bibliothécaire, libraire, pharmacienne, psychologue, économiste, philosophe, diplomate, attachée de presse, haut-gradée dans l'armée. Ah non, tiens, ce métier-là ne m'a jamais rien dit. Et c'est le travail d'un vieux (bon, d'accord, expérimenté alors) professeur qui m'a mis sur la voie : le meilleur moyen de côtoyer tous ces univers étaient d'en parler.


J'avais déjà des Vans et je les ai traînées avec la boule aux ventres jusqu'à la "rédaction". Une salle de classe aux contours à la Picasso, un bordel sans nom, des éditions vieilles de trois ans entassées, des autocollants vantant un numéro sur la chute du mur de Berlin (non mais sans blague) et des stylos mordillés dans chaque recoin. Un petit paradis pour esprit perdu cherchant mots à se mettre sous la dent. Et derrière la porte violette : un capitaine de navire loufoque, aux larges lunettes et aux éclats de rire soudain, qui t'accueille à coup d'accent et de feuilles blanches à raturer.

Je n'ai plus de Vans depuis un an (oui, c'est vrai, j'ai un peu tiré sur cette mode dépassée) mais j'ai toujours au fond de mon armoire des numéros de Gérérik (avec le K à l'envers). Ils portent en eux mes premières litotes, métaphores et autres figures de style avec lequel on jongle quand on n'est pas habile de ses mains. Ils portent en eux mes premières phrases, confessions, et autres histoires qui méritent d'être sorties à dix-sept ans plutôt qu'à quarante. Ils portent en eux cette signature qui a traîné aux bas de quelques autres pages depuis. Il portent en eux… tout un monde, n'est-ce pas R. ?

Je n'ai plus de Vans depuis un an mais j'ai une carte laminée avec mon nom dessus et un numéro. Le saint Graal dont je rêvais à l'époque. Qui n'aurait jamais été si précieux sans ces bouts de papier relié, épargnés par mes Vans, il y a bientôt dix ans.


Découvrez la relève de mes années lycées sur genephile.wordpress.com

dimanche 7 novembre 2010

Une Autre Messe


Pour les chrétiens d'Orient, je pourrais signer des centaines de pétitions. Je pourrais argumenter quotidiennement sur des sites, blogs ou plates-formes. Je pourrais laisser trainer des commentaires enflammés à la suite d'articles. Mais j'ai préféré aller voir leur liturgie, héritée des premiers chrétiens ; entendre leurs chants, entonnés dans la langue du Christ ; goûter la communion avec eux.


Toi qui lis ces lignes, tu aurais pu ne pas suivre le lien qui t'a amené. Toi qui tombes par hasard chez moi, tu aurais pu fermer la fenêtre au bout du troisième mot. Toi qui as subi mes pérégrinations gazouillantes, tu aurais pu m'effacer de ta time-line.

Mais si un seul d'entre vous a été touché, comme je l'ai été, je n'ai pas perdu ma journée. Je te l'offre.


Live-tweet d'une messe pas comme les autres, #uneAutreMesse.


10h03. En route vers le 5e arrondissement parisien pour partager la messe de la communauté catholique syriaque.


Pourquoi maintenant ? Parce qu’on les tue, ces chrétiens d’Orient.


Parce qu’en Irak, depuis lundi dernier, un crucifix est devenu une cible « légitime » pour l’islamiste.


Parce que l’être humain derrière ce crucifix risque sa vie alors qu’il y habite depuis plusieurs génération. Quelque 2000 ans.


Sur la situation actuelle de ces chrétiens d’Orient, @koztoujours enfile si bien les perles du Net.


Plutôt que signer des pétitions, crier c’est horrible en statut, flooder ça craint en 140s, je préfère aller voir et te raconter.


Le 5e donc, quartier plein d’églises d'Orient, comme je te le disais déjà dans cette mini-enquête.


Ces catholiques de rites orientaux sont entièrement rattachés à l'Église catholique universelle et reconnaissent le pape.


«Église syriaque», où je vais, ne veut pas dire fidèles qui viennent de Syrie mais église pratiquant le rite syriaque.


Cette Église, la plus petite du Proche-Orient, rassemble 100 000 fidèles dans le monde. Un peu moins après l’attentat…


Pour mieux comprendre toutes les églises d’Orient, Nicolas Senèze est un crack.


Pour mieux comprendre l’église syriaque catholique, Wikipédia s’en sort bien.


Nota-Bene : en Irak, il y a eux, et aussi des Chaldéens catholiques . C’est pas les mêmes, mais ils se font tuer pareil.


L'église Saint Ephrem se remplit peu à peu.


Si tu veux voir la réalité des chrétiens d’Irak en face, lis Sébastien de Courtois. Quelques extraits

Superbe iconostase en bronze dans cette chapelle http://bit.ly/c0H6VC


Ici, deux cent familles arrivées entre 1960-1990 pratiquent leur foi tous les dimanches.


J’ai mon livret pour les francophones. Je ne serai pas totalement perdue \o/ http://bit.ly/c8qxlQ


On rajoute des chaises. Une centaine de personnes se pressent. (Ndla : ils seront près de trois cent finalement)


Suspendue à une des ouvertures de l'iconostase, une lumière rouge, la présence divine.


Trop de monde. On s'entasse au fond. Joli soutien pour cette messe en l'honneur des chrétiens d'Irak morts la semaine dernière.


Les chants commencent. En syriaque, un dialecte de l’araméen, la langue du Christ.


Encensement des offrandes, un nuage envahit la petite chapelle qui chante.


Les clochettes sonnent au rythme des hymnes. Se taisent pour la lecture de la lettre de St. Paul... En français.


Les voix du prêtre et des diacres, cristallines, guident l'assemblée. Pas d'instrument, seulement les clochettes.


Porte ouverte, fidèles jusque sur le seuil de la chapelle. Impressionnant.


Lecture de l'Evangile en araméen d'abord, puis en français. Une communion intense. Je n'ai pas de mot pour cette ambiance-là.


"Nous sommes si nombreux aujourd’hui car nous sommes en communion avec les chrétiens d'Irak", Mgr Bressolette, vicaire épiscopal en charge des églises d'orient de Paris.


Mgr Bressolette appelle tous les catholiques latins à entrer en communion avec les chrétiens d'orient.


"La foi et la lumière du Christ nous sont venues d'orient" insiste-t-il.

Le père Warde, prêtre de la communauté syriaque catholique, commence son homélie.

"Dire des paroles de sympathie, de solidarité n'est rien. Nous devons passer de la parole à l'action."

"On ne peut pas subir sans rien dire. C'est l'ignorance qui pousse au fanatisme", le père Warde parle avec ses tripes.

"Ces terroristes, j'ai pitié pour eux", renchérit-il.

"Ces gens n'ont pas le courage de lever la tête vers dieu, comme Jésus l'a fait sur la croix."

"Quelles que soient nos religions, nous sommes les fils de Dieu, pas les esclaves de Dieu."

Cri du cœur du père Warde : "Pourquoi les autorités irakiennes ont elles enlevé les gardes protégeant l'église deux jours avant l’attentat ?"

"Vous, les pays puissants, luttant par la voix pour les droits de l'homme, passez donc aux actes !"

"Nous ne demandons que la sécurité, protéger les lieux de culte ne couterait pas grand chose. »

"Nous croyons tous en un même dieu", finit le père Warde, passionné, meurtri, applaudi a la fin de son homélie très politique.

La paix du christ est transmise de mains en mains. Jointes, elles enserrent celles du voisin qui transmet ensuite ce qu'il a reçu.

Diacres tournés vers l'autel, prêtre face aux fidèles, mains en l'air. "Nous rendons grâce au Seigneur" en arabe.

Consécration en araméen. Cela fait bizarre d'imaginer les disciples de Jésus prononçant les mêmes mots...

"Lokhou msabhinan", nous te louons.

Prière pour les blessés qui arrivent demain en France. Amin.

Prêtre et diacres chantent en donnant la communion. Les regards des fidèles se croisent. Sourires dans la communion.

"Nos martyrs ne sont pas morts, mais vivants auprès de Dieu", clôt le père Warde.

Ma voisine : "Vous avez raconté la messe à quelqu'un qui ne pouvait pas venir avec votre téléphone ? C'est bien, il faut en parler pour les aider. »

Victor, diacre qui s'active à servir le café, a perdu son cousin dimanche dernier, l'un des prêtres assassiné lors de l’attentat.

"Trois cent personnes environ, c'est bien mais peu face à l'ampleur de la situation là-bas", dit-il.

#UneAutreMesse c'est fini pour moi. Mais pour les chrétiens d'Irak et d'orient, rien ne s'arrête pas...

vendredi 22 octobre 2010

Ta société est en carton-pâte


A lire en écoutant "Les loups sont entrés dans Paris", de Serge Regianni

Depuis plusieurs semaines, les pancartes fendent les airs, les draps taggués claquent au vent et les slogans se mêlent à la brise. Les marées humaines montent et descendent les avenues. Talons, baskets, mocassins. Vieux d'abord, presque retraités ensuite, et la jeunesse a suivi. Toute ? Non, une part qui se retrouve une fois de plus entre deux âges (ni trop jeune ni trop installé dans la vie active), entre deux catégories (plus de 25 ans, moins d'un enfant), entre deux privilèges (presqu'un salaire, pas encore un poste), zieutent la rue sans savoir où poser les pieds. Moi y compris.

Je ne manifesterai pas, parce que je ne peux pas. Liberté légale, protection du droit de grève, capacité physique à arpenter le pavé : tout est là et pourtant, je ne me résous pas à poser ma plume pour laisser le poids de ma charge de travail à mon voisin d'openspace. Je ne finirai pas mes vieux jours dans ce bureau mais tant que j'y suis, je ne peux pas faire les choses à moitié.

Je ne manifesterai pas, mais j'ai peur de ne penser qu'au présent en renonçant à un combat qui hypothèque mon futur. Je veux croire que les batailles qui égrainent l'histoire passée sont autant de témoins que le changement n'est pas une chimère. Ne serai-je pas en train de rater un tournant en me focalisant sur mon train-train quotidien ? Ne serai-je pas à côté des enjeux de société dont je devrais subir les conséquences une fois le rendez-vous social fini ?

Je ne manifesterai pas, mais je rêve de ressembler à ces gens qui prennent position et posent sans concession les fruits de leur réflexion en acte. Bien sûr, les caméras, micros et stylo-bic ne saisissent que des bribes de leur engagement, jouant à dénicher la phrase chic quand leurs interlocuteurs cherchent la formulation choc. Mais entre deux chants plus ou moins révolutionnaires, en mouvement, ou entre deux bières, attablés, leurs logiques se délient. Quel que soit le cheminement qu'ils exposent, bancal, béton ou branlant, ils y croient. Droit dans leurs bottes, le regard sûr, ils montent au créneau et osent dire "J'ai choisi ce camp-là et j'irai jusqu'au bout pour être entendu".

Je ne manifesterai pas, mais j'aimerai être animée d'une telle conviction. Le genre de celle qui ne se manifeste pas seulement sur un banc d'église ou au rythme d'un gospel. Le genre de celle qui peint à la sanguine les contours d'une société écorchée. Vivante, palpitante, fragile. Le genre de celle pour laquelle on affronte les regards indifférents, agacés, dédaigneux ou haineux sans sourciller. Le genre de celle qui fait oublier que l'on ne fait que participer à une vague foule ressemblant à une sortie au parc sur bitume. Le genre de celle qui gomment la culpabilité de pourrir la journée des autres. Le genre de celle qui donne l'impression d'avoir posé un grain de sable sur la plage en construction.

Je ne manifesterai pas, parce qu'au fond de mes tripes, à fleur de synapses, je n'y crois pas. La révolution n'aura lieu ni ce soir ni demain, les citoyens éclairés emmenant les masses vers une société meilleure sont une utopie, la rue ne peut pas changer la direction prise par cette société déglinguée dans laquelle je ne trouve pas ma place. Mon mécontentement ou ma satisfaction passe par l'expression de mes traits. Ils ne se traduisent pas par une ligne sur une liste syndicale, une signature sur une pétition ou une carte de parti.

Je ne manifesterai pas, et pourtant j'irai bien hurler sous les fenêtres de deux trois décideurs pour les réveiller. Leur passer les lunettes qui masquent ma vision, les échanger contre le bandeau sombre délicatement posé sur leur nez. Qu'ils voient la peur qui ne me quitte jamais. Celle que mes petits frères s'écroulent un jour sous les coups d'un fasciste venu en découdre avec des colorés. Celle que ma meilleure amie traîne son arthrose sur les podiums des salles de gym jusqu'à 70 ans, sa jeunesse fanée. Celle que mes soeurs se retrouvent sous un pont, avec toutes ces personnes hors cadre, hors case, hors normalité, hors conformité. Celle que mes enfants naissent dans une société où règne la peur de l'autre, le rejet de la différence, le bruit des ventres affamés, le silence des objecteurs de conscience, le culte de la ferraille trébuchante... l'oubli de soi-même.

Je ne manifesterai pas parce que j'ai le cul entre deux opinions, écartant les cuisses en espérant que personne ne profite de ma faiblesse avouée. Incapable de bouger, inapte à me décider, mais loin d'arrêter de me torturer l'esprit.

mercredi 22 septembre 2010

Là où l'air parle de Toi

Cathédrale invisible, tu es plus bruyante qu'une avenue
quand mes pensées s'emballent.

samedi 11 septembre 2010

Bourrée d'amour pour toi, humanité de merde


Ecris en écoutant Keny Arkana, Ils ont peur de la liberté

Comme disait l'autre, on est tous le con de quelqu'un. Toi, tu es le mien.
Toi, avec ta Bible. Prisonnière de tes doigts crispés, brandie en l'air, vers le ciel. Comme si des ailes allaient pousser de ton cul pour prouver ta plus grande Sainteté.
Toi, avec tes Dix Commandements. Et le poids de ton Histoire. Que tu dégaines aussi vite que ton fusil. Sans jamais laisser sortir un mot simple de ta gorge nouée par la peur de l'Autre. Souillant la première de tes חוקים.
Toi, avec ton Coran. Simple fidèle ou imam respecté des tiens, tu persistes à te taire et te caches quand tes frères devant le Très-Haut justifient l'explosion de leurs tripes au cœur d'une foule anonyme. Déformant le nom de ton الله

Toi, avec ta Constitution. Mise sous verre, accrochée au mur. Pas une ride, contrairement à ton visage ravagé. Pas une tache, contrairement à ce crachat qui s'échappe dès que tu ouvres la bouche. Une vraie douche à mes yeux, obligée de t'écouter vociférer haut et fort.
Toi, avec tes Droits de l'Homme. Que tu ressors du tiroir quand tu en as besoin, tous les 36 du mois. Tu te bornes à ne pas voir plus loin que les mots, à idéaliser ses belles tournures pour les gueuler sur commande. Selon ton bon vouloir. Faudrait pas qu'ils viennent emmerder ta routine.
Toi, avec tes colonnes de chiffres. Que tu plaques sur le monde. Je ne rentrerai pas dans tes cases, tes grilles de pensée et d'analyse. Je les fausse à dessein. Parce que brouiller les pistes, te pourrir quand tu dis des conneries en mon nom, est mon ultime liberté.

C'est plus compliqué ? Je m'en fous. Aujourd'hui, tu es mon con et je ne suis pas prête de t'inviter à dîner. Vous pullulez et je n'aime pas les banquets. Je boirai seule à notre perte. Une coupe de larmes amères. Jusqu'à la lie. A finir bourrée. Bourrée d'amour pour toi, humanité de merde.